REFUGIES BURUNDAIS : UNE APPLICATION DIFFERENCIEE DES CONVENTIONS PAR LES PAYS D’ASILE DE LA SOUS-REGION

Une analyse menée par Acat-Burundi

L’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture au Burundi (ACAT-BURUNDI) a initié cette étude sur les réfugiés burundais dans les pays de la sous-région en se focalisant sur l’application différenciée des conventions par les pays d’asile.

Globalement, l’objectif consiste à mener une analyse comparative sur la situation des réfugiés burundais se trouvant dans certains pays de la sous-région, suite à la crise politique de 2015 au Burundi afin de déterminer les défis et les avantages dont bénéficient ces Burundais dans ces pays d’exil.

Plus spécifiquement, l’étude vise à :

• Montrer le type d’assistance humanitaire reçu par les réfugiés burundais dans ces différents pays ;
• Mettre un accent sur la sécurité et les incidents de sécurité pour les réfugiés urbains et ceux vivant dans les camps dans ces différents pays d’asile ;
• Montrer la résilience des réfugiés burundais dans ces différents pays, les défis, les avantages et opportunités dont bénéficient ces réfugiés pour vivre dans des conditions difficiles d’exil.

Au niveau de l’approche méthodologique, l’étude porte sur la période allant du déclenchement de la crise de 2015 au mois de décembre 2021. Au niveau spatial, les pays d’accueil concernés sont la Tanzanie, la RDC, le Rwanda, l’Ouganda et le Kenya.

Diverses ressources documentaires ont été exploitées comme les rapports des institutions et organisations intervenant dans la protection des droits humains en général et des réfugiés en particulier. Le traitement des données a été effectué en tenant compte du cadre normatif et institutionnel de protection des réfugiés à l’échelle internationale et régionale ainsi que des critères comparatifs identiques, à savoir l’accueil, la sécurité, l’accès aux pièces d’identité et aux documents de voyage, l’appui logistique, l’adaptabilité et la résilience.

La contrainte majeure a été principalement l’impossibilité d’effectuer des descentes dans les camps de réfugiés des pays cibles pour des entretiens individuels ou des focus group et des échanges avec les services gouvernementaux, le HCR et les ONGs intervenant en faveur des réfugiés.

Afin de contourner cette difficulté, des avis et témoignages des réfugiés ont été recueillis à travers un questionnaire portant sur leurs conditions de vie respectives. D’autres témoignages des réfugiés, publiés ou radiodiffusés par les médias, ont été également exploités en vue de compléter les réponses du questionnaire.

En ce qui concerne le cadre normatif et institutionnel de protection des réfugiés, les pays d’accueil des réfugiés burundais ont ratifié la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 et son protocole de 1967.
Sur le plan régional, les mêmes pays d’accueil des réfugiés burundais sont parties à la Convention de l’OUA régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique, adoptée le 10 septembre 1969 et entrée en vigueur le 20 janvier 1974.

Puis, en plus de ces conventions, les Etats membres de l’ONU ont pris des engagements en faveur des réfugiés et des migrants, dans le cadre de la Déclaration de New York, en septembre 2016, dont l’élaboration d’un « Cadre d’action global pour les réfugiés », qui ont abouti à l’adoption du « Pacte mondial sur les réfugiés » par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 17 décembre 2018.

En ce qui concerne les conditions d’accueil des réfugiés burundais dans les pays d’accueil, les intervenants comme le HCR et les organisations partenaires font face aux difficultés de financement de leurs programmes d’aide, aggravées par la pandémie de la Covid-19 depuis le début de l’année 2020.

Concernant les catégories vulnérables, une fois accueillis et installés dans les centres d’accueil et les camps dans les différents pays, des cas de vulnérabilité ont été relevés et pris en compte par le HCR et ses partenaires dans les plans d’actions humanitaires à soumettre aux donateurs pour appui matériel et financier.

La liberté mouvement des réfugiés est différemment réglementée dans les pays d’accueil : au Rwanda, en Ouganda et en RDC, les réfugiés ont la liberté de circuler et de s’installer dans des localités de leurs choix. Cette liberté implique cependant l’obligation de se prendre en charge alors que dans les camps, les besoins de première nécessité des réfugiés, comme le logement, la nourriture, la santé, sont relativement couverts par le HCR et ses partenaires. Par contre, en Tanzanie et au Kenya, les réfugiés doivent rester dans les camps et n’ont pas le droit de circuler librement. Dans les différents pays d’accueil, les réfugiés sont confrontés à l’accès difficile ou impossible aux pièces d’identité et aux documents de voyage, à l’exception du Rwanda.

Concernant l’appui logistique et les services spécifiques, la grande majorité des réfugiés burundais reste sous la dépendance de l’aide humanitaire internationale au moment où la couverture de leurs besoins demeure insuffisante depuis l’éclatement de la crise en 2015. La pandémie de la Covid-19 a eu un impact négatif sur la vie des réfugiés tant dans les camps que dans les milieux urbains dans tous les pays.

Sur le plan sécuritaire, certains réfugiés burundais, parmi les opposants politiques et les Défenseurs des droits humains, présumés impliqués dans la tentative de coup d’Etat de 2015, sont dans la ligne de mire du Gouvernement burundais qui réclame auprès des pays les hébergent, le Rwanda notamment, leur extradition pour être jugés au Burundi.

Mais d’autres menaces se manifestent sous forme de pression exercée sur les réfugiés par les autorités de certains pays d’accueil comme la Tanzanie principalement où les réfugiés sont les plus maltraités et victimes des tueries, d’enlèvement, d’extradition, de disparition forcées. En RDC, les réfugiés burundais restent sous la menace de multiples groupes armés qui existent dans le Nord et le Sud-Kivu.

Au niveau de l’inclusion économique et de la résilience des réfugiés, les pays d’accueil, le HCR et ses ONGs partenaires jouent un rôle important dans l’inclusion économique des réfugiés dès leur accueil et installation. Comparativement, le Rwanda et l’Ouganda sont les mieux appréciés par les réfugiés comme les pays qui offrent les meilleures perspectives d’inclusion économique et de résilience par rapport au Kenya et à la RDC. La Tanzanie est considérée comme le pays où les obstacles à l’inclusion des réfugiés burundais sont plus nombreux.

De tout ce qui précède, il ressort que les pays qui hébergent les réfugiés, le HCR, les organisations humanitaires et les organisations partenaires dans l’assistance humanitaire ont bien joué leur rôle dans l’accueil et la prise en charge des réfugiés. Ces derniers ont généralement eu accès aux services de base comme le logement, l’alimentation, l’éducation, la santé, à la prise en charge des personnes vulnérables.

Toutefois, des défis restent nombreux  car la majorité des réfugiés reste sous la dépendance humanitaire dont le financement reste insuffisant depuis le début de la crise en 2015. Sur le plan sécuritaire, les réfugiés se trouvant en Tanzanie font particulièrement l’objet de multiples formes de pression visant à les forcer à rentrer, y compris des actes d’atteinte à leur sécurité et liberté, en violation du principe de rapatriement volontaire garanti par les textes régissant les réfugiés. En RDC, les réfugiés font face à la menace des groupes armés dans le Sud-Kivu.

L’alternance politique de 2020 a occasionné un mouvement important de rapatriement des réfugiés. Mais pour bien d’autres réfugiés, le retour au pays n’est pas envisagé. Ils considèrent que la situation qui est à la base de leur exil n’a pas changé. Certes, le rapatriement des réfugiés et leur réinsertion socio-économique au Burundi est la solution idéale et durable mais des préalables de stabilité politique et de bonne gouvernance doivent être garantis pour rassurer les réfugiés encore réticents.

Les acteurs influents au Burundi, dans la sous-région des grands lacs et au niveau de la communauté internationale, devraient donc continuer d’accompagner le Burundi dans la promotion de la bonne gouvernance et du respect des droits humains pour assainir un climat socio-politique favorable au rapatriement volontaire et massif des réfugiés.

En attendant, les réfugiés burundais qui craignent encore la persécution ne doivent pas continuer de tomber dans l’oubli. Ils devraient plutôt bénéficier davantage de la protection de la communauté internationale, des institutions des pays d’accueil, du HCR et de ses partenaires dans la perspective des solutions durables d’inclusion socio-économique et de résilience dans les pays hôtes.

Des recommandations sont ainsi formulées et adressées au Gouvernement du Burundi, aux pays de la sous région qui hébergent le Burundi ainsi qu’à la Communauté internationale.

Veuillez trouver en bas l’intégralité de l’étude en bas :
Analyse Acat- Burundi sur l’application différenciée pour les réfugiés burundais des conventions par les pays d’asile de la sous-région

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