
PRESENTATION ORALE DE LA COMMISSION D’ENQUETE SUR LE BURUNDI AU CONSEIL DES DROITS DE L’HOMME
27 juin 2018
Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Nous avons aujourd’hui l’honneur de nous exprimer pour la seconde fois au nom de la Commission d’enquête sur le Burundi dont le mandat a été renouvelé par la résolution 36/19 adoptée en septembre 2017. Durant les trois mois qui se sont écoulés depuis notre dernière présentation orale, notre secrétariat et nous-mêmes nous sommes rendus en Éthiopie, en Belgique, en Ouganda, en République démocratique du Congo et au Rwanda. Nous remercions les autorités de ces pays d’avoir facilité nos missions qui nous ont permis de nous entretenir avec des représentants de gouvernement, d’organisations internationales, des experts et des victimes et/ou témoins de violations des droits de l’homme au Burundi. La Cour pénale internationale a également exprimé son intérêt à renforcer son interaction avec la Commission.
Au total, nous avons conduit, depuis octobre 2017, des entretiens, en tête-à-tête ou à distance, avec plus de 380 Burundais en exil ou résidant au Burundi. Ces entretiens viennent compléter les 500 témoignages que nous avions rassemblés l’année dernière.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Fort des informations que nous avons recueillies, il nous apparaît une nouvelle fois que la situation demeure très préoccupante au Burundi. La déclaration récente du Président Nkurunziza selon laquelle son mandat prendrait fin en 2020 et qu’il soutiendrait le futur Président de la République a été accueillie favorablement par plusieurs pays, y compris membres de ce Conseil, même si des observateurs ont noté qu’il ne s’agissait en aucun cas d’un engagement clair et catégorique à ne pas se représenter lors du prochain scrutin présidentiel. La Commission pour sa part considère que la déclaration du Chef de l’État ne doit en aucun cas occulter le contexte dans lequel s’est déroulée la campagne pour le référendum qui a conduit au changement de la Constitution au Burundi.
Depuis le début de l’année, la Commission a en effet recueilli des informations sur de nombreuses violations des droits de l’homme, parmi lesquelles des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées, des actes de torture et autres mauvais traitements cruels, inhumains ou dégradants, des arrestations et des détentions arbitraires, visant des opposants au projet de modification de la Constitution, comme les membres des partis d’opposition au premier rang desquels les Forces nationales de libération (FNL), aile Rwasa, et plus généralement toute personne perçue comme n’étant pas alignée sur la politique du Gouvernement et du CNDD-FDD. À cela s’ajoutent des violations des libertés publiques et des droits économiques et sociaux.
En particulier, la Commission a reçu des témoignages faisant état de nombreux cas d’arrestation de personnes ayant appelé à voter «non» au référendum, ayant cherché à se réunir pour débattre du projet de révision de la Constitution, ou ayant refusé de rallier le CNDD-FDD. Les détentions qui ont suivi ces arrestations ont donné lieu à des cas de torture et de mauvais traitements. Des écoles ont été fermées par leur direction ou des autorités locales afin de forcer les élèves en âge de voter à aller s’inscrire sur les listes électorales et l’accès à des marchés a été refusé à des personnes qui ne pouvaient pas exhiber leur récépissé d’inscription sur les listes électorales.
La Commission a recueilli également des informations sur des personnes qui ont été exécutées ou enlevées en raison de leur appartenance à des partis politiques de l’opposition ou de leur refus d’adhérer au parti au pouvoir. Le fait que plusieurs personnes disparues n’aient pas été retrouvées et que des corps non identifiés continuent d’être découverts dans divers endroits du pays font craindre la persistance de pratiques consistant à se débarrasser des corps des personnes parfois arrêtées par des individus en uniforme de la police ou identifiés comme étant des agents du Service national de renseignement (SNR) ou des Imbonerakure. À la connaissance de la Commission, aucune enquête sérieuse n’a été menée par les autorités burundaises sur ces cas. Généralement, les proches des personnes disparues ont peur de s’adresser à la justice et à la police en raison de la proximité des auteurs présumés avec les forces de l’ordre. Certains préfèrent quitter le pays de peur qu’on porte atteinte à leur sécurité. Ceux qui y restent se résignent à garder le silence, parfois sous la menace d’agents du SNR, de la police ou d’Imbonerakure.
Continuer la lecture →